La première fois qu’Amal Aziz a revêtu une tenue de gala, elle regardait des membres de la famille royale suédoise remettre les prix Nobel, un à un.
« Être dans le même lieu où l’on remet un prix scientifique aussi prestigieux, c’était un peu surréel, honnêtement », raconte-t-elle. « Il y avait aussi une sorte de “glamour” qu’on n’associe pas vraiment aux sciences, jusqu’à ce qu’on les voie dans ce contexte. »
Amal, doctorante en génie biomédical à l’Université Western, a passé le mois de décembre dernier à Stockholm à titre de déléguée d’Équipe Canada au Stockholm International Youth Science Seminar (SIYSS). Cette semaine de présentations de recherche, d’excursions et de festivités entourant les prix Nobel réunit environ 25 jeunes scientifiques du monde entier. Elle a aussi fourni à Amal une anecdote imbattable pour ses parties de « deux vérités et un mensonge ».

« J’étais une enfant plutôt timide »
Aujourd’hui, son entourage décrit Amal comme une personne sûre d’elle et un brin nonchalante, même si elle avoue devenir intarissable quand on aborde le bon sujet. Elle n’a pas toujours été ainsi. « J’étais une enfant plutôt timide et je n’étais pas naturellement à l’aise de me mettre de l’avant », confie-t-elle. « L’expo-science est justement l’une des choses qui m’ont vraiment aidée à travailler là-dessus. »
Les débuts ont demandé de la persévérance. Au secondaire, elle trouvait peu de possibilités de recherche, et aucun chemin clair pour y accéder. Une bonne partie du travail consistait donc à « trouver comment mettre le pied dans la porte et dénicher des gens prêts à me donner une chance ». Elle a ensuite participé à quatre éditions de l’Expo-sciences pancanadienne (ESPC), de 2016 à 2019. Elle se souvient encore de son cœur qui battait la chamade à chaque cérémonie de remise des prix, et trois des personnes dont elle est le plus proche aujourd’hui, elle les a rencontrées là-bas.
« Je me souviens d’avoir été tellement intimidée au début, entourée d’élèves incroyablement brillants. Puis, au fil de la semaine, j’ai peu à peu réalisé qu’en plus d’être brillants, c’étaient aussi des gens cool et intéressants qui voulaient être mes amis, eux aussi ! »
Par les jeunes, pour les jeunes
Lors du premier voyage d’Amal en Suède, ce sont d’abord les responsables de l’organisation qui l’ont surprise. Les jeunes qui organisent le SIYSS avaient pour la plupart son âge, certains étaient même plus jeunes, et ils ont tenu à inclure les participantes et participants plus timides dès le premier jour. « Je suis certaine que toute l’ambiance “par les jeunes, pour les jeunes” a vraiment aidé », dit-elle.
Entre les présentations, les déléguées et délégués ont visité des universités et des entreprises de la ville, en empruntant ce qu’Amal considère comme le meilleur réseau de transport en commun qu’elle ait jamais utilisé. Alors qu’elle discutait du papier format lettre avec quelques déléguées et délégués américains, Julia Trapp, d’Allemagne, s’est jointe à la conversation pour expliquer avec passion pourquoi le format A4 est supérieur : ses côtés sont dans un rapport de 1 à √2, si bien qu’en coupant une feuille en deux, on obtient chaque fois les mêmes proportions.
« Honnêtement, la conversation en soi était beaucoup moins mémorable que son enthousiasme », raconte Amal. « Depuis, je pense probablement au rapport entre les deux côtés chaque fois que je tombe sur une feuille A4. »
« L’un des panélistes avait littéralement un prix Nobel »
Lors d’une réception la veille de la cérémonie Nobel, les personnes invitées faisaient la file pour discuter avec les lauréates et lauréats et se faire photographier avec eux. Quand est venu le tour des jeunes du SIYSS, les rôles se sont inversés. « Ils étaient tous plus intéressés à en apprendre sur nous et sur la raison de notre présence qu’à parler de leurs propres travaux », dit Amal.
Plus tard dans la semaine, elle a été l’une des quatre personnes déléguées invitées à participer à une table ronde sur l’engagement des jeunes en STIM, aux côtés d’un lauréat du prix Nobel de chimie et d’un membre du corps professoral d’une université voisine.
« J’avais l’impression d’être vraiment sous-qualifiée. Je veux dire, l’un des panélistes avait littéralement un prix Nobel. » Elle s’est appuyée sur les autres jeunes panélistes pour calmer sa nervosité et, de son propre aveu, s’en est tirée « sans trop me ridiculiser ».
Un auditorium rempli d’élèves du secondaire
Amal a l’habitude de présenter ses travaux dans des congrès de recherche, où l’accent est mis sur les détails techniques. Au SIYSS, elle a été équipée d’un micro et est montée sur scène devant un auditorium rempli d’élèves du secondaire. Prévenue à l’avance de la nature de son public, elle a laissé de côté le contenu technique pour présenter une vue d’ensemble de ses recherches sur le cancer du sein.
Après sa présentation, puis de nouveau pendant la séance d’affiches, des adolescentes sont venues lui dire qu’elle était un modèle pour elles. Peu d’entre elles avaient une expérience personnelle du cancer du sein, mais beaucoup savaient, par leur entourage, à quel point les traitements peuvent être stressants et intimidants. Amal qualifie ces échanges de « vraiment révélateurs ».
« Me faire dire que mon travail leur donnait de l’espoir ou les incitait à suivre une voie semblable m’a rendue vraiment fière de ce que je fais. »

« Tout le monde célèbre cette réussite »
Amal compte poursuivre dans le domaine de l’imagerie médicale, et le SIYSS a élargi sa vision des possibilités qui s’offrent à elle. Ses conversations à Stockholm lui ont fait découvrir des programmes et des cheminements de carrière en Europe qu’elle n’avait pas envisagés, et elle s’est déjà renseignée sur des postes qu’elle serait ravie d’occuper après son doctorat.
« J’ai constaté personnellement que les relations professionnelles, et même les amitiés, nouées lors d’événements comme celui-ci peuvent finir par mener à des collaborations de recherche », affirme-t-elle.
Pour l’instant, ces liens se poursuivent dans une conversation de groupe. « Chaque fois que quelqu’un franchit une étape, comme une admission aux cycles supérieurs ou un nouveau poste, tout le monde célèbre cette réussite. »
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